Communication, accueillir vs. faire des suppositions

Dans la longue liste des modes auxquelles je n’adhère pas du tout
Je rêve du monde où on pourrait demander à une femme ventrue si elle est enceinte et éclater de rire ensembles si la réponse était négative
Parce qu’en vrai si on enlève tout notre conditionnement à la con, c’est juste drôle comme situation.
Je refuse de participer à cette mode déshumanisante qui consiste à ne plus rien oser dire ou demander par peur de froisser, offenser, blesser l’autre.
(Et je parle pas de faire des blagues racistes, à ça aussi je refuse de participer)
Je parle de cette nouvelle interdiction d’aborder des sujets personnels avec quelqu’un sous prétexte qu’ils pourraient être des sujets sensibles.
Euh les gens, je sais pas si vous avez remarqué mais TOUT peut être un sujet sensible.
Le problème ce n’est pas de risquer de toucher quelqu’un là où c’est sensible, le risque c’est de passer toute notre vie sans avoir une seule interaction humaine authentique.
Soyons honnête, la vraie peur ce n’est pas de blesser quelqu’un, mais de se trouver face à sa peine, incapable de tenir l’espace, incapable d’accueillir ce qui est, parce qu’on n’a pas appris.
Nous sommes complètement handicapés socialement, et plutôt que d’essayer d’y remédier on préfère fabriquer des barrières encore plus hautes pour s’assurer de ne jamais avoir à vivre de situation inconfortable.
Dans une vraie relation authentique on est libre de demander absolument tout ce qu’on veut à une personne, la seule condition c’est d’être prêt à accueillir sa réponse quelle qu’elle soit, ça veut dire être prêt à se sentir inconfortable, à tenir l’espace pour toutes les émotions, de la joie au désespoir, ou simplement d’accepter sans s’offenser que la personne verbalise son refus d’aborder ce sujet avec nous à cet instant.
C’est extrêmement simple. Il s’agit pour chacun des interlocuteurs de prendre la responsabilité de ses émotions, de sa vie, d’oser dire sa vérité, de ne pas se forcer dans un sens ou un autre pour essayer d’épargner à l’autre ce qu’on ne l’imagine pas à même de supporter.

Et clairement j’en suis coupable, enfin non je suis innocente, je n’ai juste pas appris comme la plupart d’entre nous, ce n’était pas au programme de mon éducation de porter l’espace pour les émotions d’autrui quelles qu’elles soient.
Je me souviens d’une fois où j’ai demandé à une nouvelle copine si ses parents habitaient dans le coin, question a priori bien innocente, elle m’a donc appris que sa maman était décédée d’une maladie quand elle était jeune, et je n’ai pas su que dire, à part bredouiller ma désolation. Je ne savais pas si elle avait envie d’en parler ou pas, je n’ai pas osé le lui demander de peur de lui faire de la peine. Maintenant je me dis que si on reagit tous comme ça cette fille n’aura jamais l’occasion de parler de sa mère, et peut être qu’elle en a envie, mais de la même manière qu’on évite le sujet en croyant la protéger, elle ne se permet sûrement pas de l’aborder pour nous épargner cet inconfort là.
A quoi on en est réduits nous pauvres humains, à parler de la pluie et du beau temps, seul sujet safe ? A quoi bon ??

Arretons de faire des suppostions !
Nous ne savons pas ce que l’autre est capable d’affronter et ce n’est pas à nous d’en décider ! Reprenons notre pouvoir et rendons son pouvoir à l’autre par la même occasion. Il est urgent d’entretenir ou même de renouveller notre connexion humaine authentique, de savoir nous montrer et savoir voir l’autre dans toutes ses facettes, pas seulement celles qui nous semblent présentables.
On vit toutes cette expérience terrienne, on n’a pas les mêmes difficultés mais nous traversons des joies et des peines qui se ressemblent. Nous sommes une.
Cessons cette division artificielle.
La seule raison valable pour ne pas oser poser une question c’est si on ne se sent pas capable d’accueillir toutes les possibilités de réponse.
Et si c’est le cas c’est qu’il nous faut travailler sur nos propres blessures et ne pas hésiter à prendre quelques leçons de communication humaine si on est plein de bonne volonté mais qu’on ne sait pas comment s’y prendre !
Et de même si on ne se sent pas capable de répondre authentiquement à une question par peur de blesser l’autre, les émotions de l’autre lui appartiennent, elles n’ont rien à voir avec nous. Dire à quelqu’un qu’on ne souhaite pas discuter d’un sujet est notre doigt fondamental, sa réaction n’est pas notre problème.
Si on se sent agressée par une question, c’est juste parce qu’on n’a pas le courage d’exprimer notre réponse intérieure. Et je le comprends complètement, moi-même je manque encore souvent de courage social mais je n’abandonne pas, c’est juste notre job sur terre en fait. Il n’y a pas d’echappatoire à l’inconfort, il nous rattrappe toujours quoi qu’on fasse et crois moi, je m’y connais en stratégies d’évitement. Donc autant faire face maintenant et gagner ainsi la grâce et la profondeur d’une connexion réelle et humaine plutôt que superficielle et faussement sans risque.

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